ça me flingue ça :
"Kamel Daoud l'avait connue comme patiente de sa femme Aicha Dehdouh, psychiatre, entre 2015 et 2023."
Le gagnant de la Star Academy de la Littérature (le prix G.) qui s'est emparé du récit de vie de Saâda Arbane, pour en faire un roman. Un vol, un viol, doublé d'une ignoble trahison : Car c'est l'épouse, psychiatre, du romancier, quui lui a gentiment raconté - après que sa patiente se soit confiée à elle.
https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/kamel-daourd-laureat-du-prix-goncourt-2024-assigne-en-justice-par-saada-arbane-qui-denonce-le-vol-de-son-histoire_7074450.html
En psychanalyse, l'éthique proscrit cet usage littéraire du récit des analysant‧es. La confidentialité n'est pas un vain mot. Elle doit être sacrée. Il existe des exceptions (par exemple une demande de la justice), mais ce doit être issu de la volonté de l'analysant‧e, ou et, a minima, avec son consentement explicite.
J'ai écrit un récit d'une centaine de pages il y a quinze ans, relatif à l'histoire d'une patiente exceptionnelle. Je ne l'ai absolument jamais diffusé, excepté à mon superviseur de l'époque, ** avec l'accord de la patiente **. Je ne puise jamais dans le corpus pléthorique de récits qu'il m'a été donné d'entendre en presque 20 ans de carrière pour mes oeuvres littéraires. Je n'y pense même pas. Non seulement parce que c'est la règle, mais parce que je dois ce respect à mes patient‧e‧s. Ce serait ni plus ni moins qu'une trahison.
Il arrive que dans les groupes d'analyse clinique les analystes présent‧es évoquent des situations cliniques significatives, à partir desquelles une discussion s'engage. Mais là encore, les récits sont non seulement anonymisés, mais aussi modifiés de manière importante. (ils doivent l'être en tous cas).
Le travail de supervision, qui se passe dans la plus stricte privauté entre deux analystes, constitue une exception (un analyste vient "chercher auprès d'un collègue un autre point de vue dans des situations complexes) : mais la règle de la confidentialité s'applique radicalement, rien ne doit sortir de cette conversation)
Chez les Bioniens (qui travaillent avec les modèles et les techniques élaborés par W.R. Bion), dont je suis, dans ces groupes de travail, on prend soin de n'évoquer que des fragments de "scènes" extraites de la séance, sans donner la moindre indication sur le genre, l'âge ou les traits physiques de la personne. (et l'on s'attache d'abord à repérer les effets de ces expériences sur la psyché de l'analyste, ses associations de pensées, ses émotions, etc.)
Bref.
Je sais bien que cette proscription de l'usage du matériel des séances n'était certainement la règle dans la première moitié de l'histoire de la discipline. C'est venu plus tard. Et encore aujourd'hui, je ne suis pas sûr que tout le monde la respecte scrupuleusement dans le métier. Je ne fais pas d'illusion sur certain‧es de mes collègues (notamment ceux qui vendent des livres et aiment défiler dans les médias). Mais, très très majoritairement, elle est respectée.
L'histoire de Saâda Arbane me fait irrésistiblement penser à celle que raconte Ingeborg Bachmann, dans son roman inachevé, Franza. L'histoire d'une femme que son ignoble époux, psychiatre, considère comme un "cas" et la maltraite en conséquence (notamment en l'abrutissant avec des médicaments)